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TEMOIGNAGE
AVEC LES JUMEAUX, TU CRAQUERAS
3 FOIS (AU MOINS)
Oh lincroyable nouvelle qui me tombe
en cette fin de février 1948 : Jean-René tu as deux
petits frères, Dany et Guy, viens voir ! Dans la chambre
de mes parents (à lépoque cétait
ainsi) toute une famille radieuse entoure maman alitée
(pourquoi au fait ?) et un berceau où lon devine
à chaque bout deux petites têtes rougies qui "couânent".
Il y a là une dame que je ne connais pas, cest sûrement
elle qui a apporté les deux bébés. Je réalise
très vite que je ne suis plus le roitelet à qui
toute la maisonnée adressait sont affection doù
une crise de jalousie accompagnée de larmes. Larrière
grand-père me console en memmenant dans la grange
"soigner les bêtes". Latmosphère
paisible du troupeau qui broute me calme. Mais laïeul
parle : avec tes frères tu tamuseras, tu leur apprendras
à jouer. Bien sur si tu avais été tout seul,
mon petit brave, plus tard la maison, les champs, les vaches,
cétait tout pour toi... tu partageras... on dit que
plus il y a de petits dans un nid,plus ils sont maigres... Et
les deux grands boeufs, la fierté du vieux cultivateur,
il va falloir les partager aussi ! Cen est trop ! Cest
moi qui suis rouge de colère et de haine envers cette étrangère
que jai du enbrasser tout à lheure. Je hurle
: cette vieille g... non contente den apporter un, elle
en a apporté deux! A trois ans et demi, jai craqué.
Arrive 1962, la fleur des années 60, celle de mes 18 ans,
le temps des copains. Une jeunesse nombreuse et insouciante issue
du baby-boom de laprès-guerre va danser sur de nouvelles
musiques (le twist!) venant dAmérique et reléguer
la génération précédente au titre
de "croulants". Un ami minvite à son mariage.
Autour de la mariée, léblouissante fraîcheur
des filles en robe blanche. Parmi elles, une belle paire...de
jumelles. Lune dut sapprocher sans doute plus près,
eut plus daffinités puisque quelques années
plus tard nous convolions...Autrement dit, jai encore craqué.
Peu de choses à dire sur une vie de couple dont lun
est jumeau, on peut être tout aussi heureux ou malheureux,
à chacun sa chance. Un détail cocasse toutefois
: au lit...en ce temps là, le mariage à lessai
existait peu et nous ne dormions ensemble quà partir
de la nuit de noces. Nallez tout de même pas croire
que je vais la raconter! pour des circonstances familiales et
économiques, Françoise et Lucette (la belle paire)
dormaient blotties dans le même lit. De mon côté
jappréciais le grand confort du "lit tout entier
pour moi". La jumelle avait besoin de chaleur (humaine, animale...)
et moi disolement pour accéder au sommeil...un compromis
fut trouvé car les femmes ont des arguments irrésistibles.
Bref, dun point de vue thermique au moins, jai remplacé
la jumelle.
Nous arrivons en cette fin de siècle où
notre fille Isabelle nous apporte Paul et Théo.
Retrouver deux petits garçons semblables, tels
les frères de mon enfance, un cadeau de la vie!
Nous avons craint et espéré avant laccouchement
comme tous les futurs grands-parents.
Une anecdote parmi dautres : alors que nous
les gardions, je me lavais la tête, la porte de
la salle de bains ouverte. Jentends un léger
bruit derrière moi. Je me retourne et découvre
deux têtes avec le même intérêt étonné,
contemplant cette débauche deau pour quelques
rares cheveux survivants. Je tends les bras...
Comme un seul mes deux lascars se précipitent.
Quatre bras qui vous enserrent...
Comment voulez-vous ne pas craquer ?
Jean-René, père dIsabelle
(AD 23-87)
Grand-père de Théo et Paul, 17 mois.
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